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Redbird déménage aux États-Unis

Les trois fondateurs de RedBird

L’exploitant de drone français est devenu américain en avril 2016. Emmanuel Noirhomme, un des trois co-fondateurs de Redbird, nous parle de ce choix et du marché français et international des drones.

Vous vous définissez comme une entreprise de traitement de données, plus que comme droniste. Pourquoi ne pas construire les drones que vous exploitez ?

E.N. : Franchement, on ne sait pas faire. Nous nous sommes retrouvés dans le monde du drone par opportunité et non par la technique. Nous n’avons jamais cherché à fabriquer des drones. Dès le début, nous nous sommes dit que le drone allait générer des quantités de données phénoménales et qu’il allait falloir en faire quelque-chose. Avec mon expérience passée dans le monde du web et du « big data », nous avons orienté la société vers le traitement de données dès le début. Notre vision est que les clients finiront par piloter eux même les drones. Il y a peu de valeur ajoutée à se balader sur tous les sites de constructions et opérer nous même les drones.

Pourquoi avez-vous choisi de vous concentrer sur le domaine de la construction ?

E.N. : Nous avions tout d’abord commencé par attaquer trois marchés : la construction (travaux publics, mines, carrières), les grands réseaux d’infrastructure (SNCF, ERDF…), et l’agriculture de précision. Sans mauvais jeux de mot, nous voulions voir lequel allait décoller le plus vite. Trois ans après, nous ne travaillons pratiquement plus que sur le marché de la construction. Tout le monde parle de l’agriculture comme étant le marché du futur pour les drones mais nous pensons qu’il est très compliqué, en grande partie parce qu’il y a une énorme concurrence du satellite notamment, qui délivre des données très peu chères, voire gratuites. Dans le monde de la construction, le satellite n’est pas un problème car les chantiers ont besoin d’une précision au centimètre près. Concernant le marché des grandes infrastructures, nous avons décidé de le délaisser pour le moment car il n’est pas encore mature. Il requiert des grands temps de tests et d’expérimentations que ne peut pas se permettre une start-up. Ceci dit, c’est un marché sur lequel on a investi dès le départ avec le scénario S4 et sur lequel on reviendra sûrement.

Le secteur de la construction n’est-il pas réticent à l’arrivée des drones ?

E.N. : La construction est l’un des secteurs qui a eu le moins d’avancées technologiques depuis les quarante dernières années. C’est en train de bouger énormément aujourd’hui, notamment avec les drones ou la localisation GPS. Notre accord avec Caterpillar stipule que le géant américain recommande à tous ses distributeurs notre solution drone. Cela a été un accord majeur pour lequel on a bataillé pendant presque un an. En effet, il n’est pas évident pour une société américaine qui fait 47 Md$ de CA de s’associer avec une start-up du 15e arrondissement de Paris.

Les trois co-fondateurs de Redbird. Crédit : Redbird.
Les trois co-fondateurs de Redbird. Crédit : Redbird.

Pourquoi Redbird se délocalise-t-il aux états-Unis ?

E.N. : Cela fait neuf mois que l’on a commencé à aller aux États-Unis de manière active, afin notamment de finaliser le partenariat avec Caterpillar. On a alors découvert tout ce que l’on pouvait imaginer de clichés divers et variés : Redbird est vu comme une boîte très française et c’est une image qui n’est pas forcément positive au premier abord (même si on nous reconnait des qualités dans l’aéronautique notamment grâce à Airbus). Nous sommes donc obligés d’avoir une équipe américaine sur place. L’objectif n’est pas de déplacer tous les Français d’ici là-bas. Nous avons besoin d’avoir des locaux sur place qui ont les codes et les réseaux américains. La société RedBird est américaine depuis le mois dernier. Nous avons fait une « Inc » (Incorporation) aux États-Unis et la société française est désormais 100 % filiale de la société américaine. Cela faisait partie des transitions à faire pour être accepté aux États-Unis.

Il n’y a donc pas de futur en France ?

E.N. : Il y a du business à faire en France et en Europe, on ne crache pas du tout là-dessus, mais on a eu une opportunité d’aller aux États-Unis avec Caterpillar, et il fallait y aller vite car c’est un marché mondial, avec beaucoup de concurrence potentielle. La France et sa réglementation très ambitieuse nous ont permis non seulement de créer l’entreprise, mais aussi d’avoir aujourd’hui du retour d’expérience client. C’est ce qui nous a permis de signer avec Caterpillar. Mais depuis 2012, la réglementation a peu bougé et la dernière version est un peu frileuse. La France n’a pas continué dans l’ambition que l’elle s’était donné en 2012. D’ici la fin de l’année, nous serons une dizaine aux États-Unis. L’équipe française va rester stable, en gardant la partie ingénierie et R&D.

Une rentabilité à l’horizon 2019
« Clairement, notre objectif aujourd’hui n’est pas d’être rentable tout de suite », explique Emmanuel Noirhomme. « Ce que l’on cherche c’est à prendre des positions sur le marché. Le déploiement est l’objectif numéro 1 avant la rentabilité. Nous fonctionnons par levées de fonds successives, à chaque fois cela nous permet de faire vivre l’entreprise pour un an à un an et demi. C’est la façon dont Redbird se développe. Mais le récent partenariat avec Caterpillar va peut-être nous faire changer ça. Si tout se passe bien, nous allons investir vite pour aller plus vite. »
Redbird a signé l’an dernier un accord avec Caterpillar. Crédit : Redbird
Redbird a signé l’an dernier un accord avec Caterpillar. Crédit : Redbird