Constructeurs Filière française

Quels drones pour l’armée de terre ?

Drac de l'armée de Terre.

Alors que la décision pour le remplacement du Drac approche, les industriels abattaient leurs dernières cartes à Eurosatory.

Dans les allées d’Eurosatory, les drones n’avaient rien à envier aux systèmes terrestres. Les constructeurs ont profité du salon de défense pour présenter leurs solutions en matière de mini-drones et de drones tactiques. C’était l’occasion pour eux de se mettre en avant dans la compétition pour le remplacement des mini-drones Drac (Drone de reconnaissance au contact) en service dans l’armée de Terre.

Lancé en avril 2015, l’appel d’offres porte sur un contrat d’une centaine de millions d’euros. Prévus initialement pour juin 2016, les résultats sont désormais attendus avant la fin de l’année. À l’heure actuelle, l’armée de Terre est en attente de réception des offres finales de la part des postulants. L’objectif est de remplacer les Drac d’ici deux ans, avec des systèmes qui présentent « des meilleurs performances et qui volent plus longtemps et plus loin », selon la DGA. Le système actuel, les Drac, se compose de deux vecteurs aériens, de deux consoles de suivi et d’exploitation de mission. Il affiche une autonomie de 5 heures et comporte deux caméras (jour et nuit).

Marques d’intérêt

Les grands comptes français Airbus, Safran et Thales se sont positionnés sur l’appel d’offres. Mais les Israéliens ne sont pas en reste. Ainsi, Elbit Systems s’est-il positionné avec une version modernisée de son Skylark, un petit drone de 7 kg déjà utilisé par plusieurs armées. Le groupe israélien Aeronautics Defense Systems aurait aussi proposé son Orbiter pour la compétition. Airbus Defense & Space, accompagné de sa filiale Survey Copter, se positionne avec le Skyghost pour la succession de ses propres drones Drac. Déployable par deux hommes en 15 minutes, le système est équipé de deux caméras haute résolution (visible et infra-rouge) ainsi que d’un désignateur laser. Il est alimenté par un moteur électrique et Airbus DS annonce une autonomie de plus de 3 heures.

Partenariat français

De son côté, Thales a présenté le Spy’Ranger en partenariat avec Aviation Design (qui a notamment déjà conçu le drone Eole pour l’emport d’un microlanceur aéroporté dans le cadre du programme Perseus du Cnes). La plateforme a été développée par la PME française autour de la charge utile de Thales. Conçu en fibre de carbone, le Spy’Ranger peut lui aussi voler pendant plus de 3 heures à l’aide d’une motorisation électrique. La boule optronique de Thales comporte un pointeur laser, une caméra jour HD, ainsi qu’une voie infrarouge, aujourd’hui proche HD mais qui devrait être Full HD d’ici deux ans.

Enfin Safran, qui a déjà gagné la compétition pour la fourniture des drones tactiques de l’armée de Terre (cf. encadré), propose le FlyEye. Dévoilé lors du salon Eurosatory, il est doté lui aussi d’une autonomie de 3 heures, ainsi que de caméras visible et infrarouge et d’un pointeur laser. Il présente la particularité de larguer sa boule optronique par parachute avant d’atterrir afin de faciliter sa récupération.

Les civils passent-ils au militaire ?

Présent aussi sur le salon, l’entreprise toulousaine Delair Tech en a profité pour annoncer son partenariat avec le groupe ECA, filiale du groupe Gorgé spécialisée dans les hautes technologies robotiques. Selon toute vraisemblance, ils devraient proposer une version améliorée du DT‑26M, un appareil déployable en moins de 10 minutes.

Doté d’une autonomie de 2 h 30, le système propose une tourelle gyrostabilisée pour ses caméras visible et infrarouge. Les deux partenaires ont aussi développé une station sol commune afin qu’elle puisse permettre « flexibilité et synergie » entre les systèmes des deux industriels. Si le DT‑26M avait été développé à l’origine grâce à un programme de recherche duale financée par des crédits « Rapid » de la DGA, Delair Tech n’est pas la seule entreprise du secteur du civil à s’intéresser au militaire. Pour Stefan Morelli, président de la Fédération française du drone professionnel, le transfert des plateformes civiles vers le domaine militaire est un vrai enjeu. « Même si la transformation d’un drone civil en un drone militaire ne se fait pas juste d’un coup de baguette magique, il y a une vraie tendance à ce que le drone devienne dual », affirme-t-il. « Ainsi, un drone civil amélioré peut devenir tout aussi adapté qu’un drone militaire pour bien moins cher ».

Le patroller en ligne de mire
Sélectionné en début d’année à l’issue d’une compétition, le français Safran Electronics & Defense (ex-Sagem) fournira les futurs drones tactiques de l’armée de Terre. Son Patroller remplacera ainsi le système STDI (Système de drone tactique intérimaire, également fourni par Safran), au plus tôt fin 2018. Le marché notifié comprend quatorze vecteurs aériens, six stations sol ainsi que six systèmes de communication. L’objectif est de pouvoir déployer le système sur deux théâtres distincts tout en gardant une capacité de formation. Ainsi, chaque théâtre d’opération comprendra cinq vecteurs aériens, deux stations sol et deux systèmes de communication. Les quatre vecteurs aériens, deux stations sols et deux systèmes de communication restants seront réservés à la formation. La grande nouveauté du Patroller par rapport au SDTI consiste en une charge utile double, qui comprend un radar (pour la détection de cibles mobiles en grand champ) ainsi que d’une boule optronique.