Business Réglementations

Le coût du risque

Le drone équipé de Azur Drones

La filière a besoin d’assurer sa pratique et son matériel pour se développer. Certains assureurs ont fait le pari d’aider les dronistes en leur proposant des polices malgré la jeunesse du secteur. Mais tout le monde garde à l’esprit qu’un accident grave pourrait bouleverser cet équilibre encore fragile.

Lors du salon UAV Show, les opérateurs et fabricants de drones ont redoublé d’énergie pour montrer les capacités parfois étonnantes de leurs petits et gros appareils. Si la réglementation est parfois critiquée pour sa rigidité dans certains domaines comme la longue élongation (vol sur plusieurs dizaines de kilomètres), tout le monde garde à l’esprit les risques, à ne pas prendre à la légère.

Spécialistes de la question, les assureurs se penchent sur le problème depuis plusieurs années déjà. Umit Allard, expert des risques en entreprise chez Aviva, établit un constat simple : « D’un point de vue purement actuariel, le secteur des drones civils n’est pas une matière assurable aujourd’hui. Il existe en effet un grand principe en assurance : la mutualisation. [intra-sectorielle, ndlr.]. » Or, les primes d’assurances issues du secteur ne suffiraient pas à couvrir un accident de grande envergure. « Même si l’ensemble des drones professionnels étaient assurés chez un seul assureur, un seul sinistre grave mettrait en déficit la branche sur plusieurs années ».Pour autant, le monde des assurances a décidé de suivre le mouvement en faisant le pari risqué de proposer des polices aux opérateurs. « On a voulu soutenir la filière, c’est pour cela que l’on participe au Conseil des drones civils », explique l’expert.

Grille tarifaire au forfait

Une question s’est tout naturellement posée après la réglementation de 2012 : comment assurer un secteur dont on ne possède que très peu de retours d’expérience et aucune base de données ? Car pour les assureurs, ces éléments sont la clef pour estimer un risque, et donc tarifer leurs assurances. « Normalement, on prend la sinistralité du secteur et on fait des probabilités, c’est un boulot de statisticien. » Il a donc fallu inventer une nouvelle manière de tarifer, par forfait : « Le but est de faire à terme notre propre base de données. » Les assureurs sont alors partis sur un tarif qui est « psychologiquement acceptable » (cf. encadré). Si ces derniers souhaitent soutenir la filière, il faut tout de même qu’ils justifient une démarche commerciale.

Marché en évolution

L’assurance obligatoire pour les opérateurs date du 11 avril 2012 (première réglementation française). Avant, il y avait 90 exploitants sans obligation d’assurance, mais qui assuraient « d’une manière ou d’une autre » leurs appareils. « Aujourd’hui, nous venons de refondre l’offre car nous avons eu des retours terrain ainsi que de nouvelles demandes », explique Umit Allard. Les dronistes veulent ainsi que l’assurance prenne en compte leur perte d’exploitation, par exemple dans le cas de la perte d’un appareil qui les empêcherait de travailler.

Si les assureurs parient sur une croissance du marché, qui leur permettrait d’atteindre cette fameuse « mutualisation du risque », ils n’en restent pas moins inquiets quant aux aléas possibles. « Au premier sinistre grave impliquant la Responsabilité Civile Navigation Aérienne, les tarifs vont exploser », explique Umit Allard. « Ce dont on a peur, c’est par exemple une perte de contrôle qui causerait un accident de la route, un carambolage. » La seule assurance pour les assureurs ? La réglementation. « Notre meilleur garde-fou est la réglementation française de qualité qui joue le rôle de la prévention du risque. Pour cela, il faut que les opérateurs restent dans ce cadre. C’est la raison pour laquelle notre première condition de garantie est que le professionnel respecte cette réglementation. En cas de manquement, nous pouvons donc refuser toute indemnisation en cas de sinistre ».

[encadre titre=”A quel prix les dronistes s’assurent-ils ?”] Il y a deux choses à différencier : la garantie RC (responsabilité civile) Navigabilité aérienne du drone, obligatoire, et l’assurance bris du matériel. La première se situe en général autour de 300-400 € TTC par an. La seconde a connu des tarifs qui ont beaucoup bougé au cours des dernières années mais qui se sont stabilisées. Les coûts de l’assurance peuvent aller jusqu’à 10 % de la valeur du drone.[/encadre]