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Interview de Mariane Renaux, nouvelle présidente de la FPDC

Nouvelle présidente de la FPDC (Fédération Professionnelle du Drone civil), Mariane Renaux succède à Stéphane Morelli dont le mandat arrive à échéance. Nous avons profité de sa nomination, à l’unanimité, pour la rencontrer et discuter de drones, d’aéronautique mais aussi de voitures autonomes.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans le milieu des drones ?

Mon intérêt pour les drones découle de mon intérêt pour l’aéronautique. Ce que je trouve passionnant avec l’écosystème des drones c’est qu’il est en constante évolution, qu’il faut s’adapter en permanence et anticiper les évolutions.

Le marché est récent, 5 ans, et est donc porté par des technologies en pleine expansion. Ce sont elles qui ont rendu les drones accessibles à des usages concrets et fait avancer la réglementation française pour qu’elle prenne en compte ces cas d’usage.

Dans ce domaine, avec près de 250 millions de CA de la filière en 2017, la France est leader. Or la FPDC en tant que fédération la plus ancienne et la plus représentative, est l’interlocuteur de référence des médias et des institutions. C’est cela qui m’a intéressée, avec la diversité des acteurs que nous représentons.

Les petites PME et TPE du secteur ne risquent-elles pas d’être « mangées » par les gros industriels ?

Je ne pense pas. Beaucoup de grosses entreprises font appel à des acteurs locaux pour certains marchés régionaux. Le vrai danger vient plus du besoin d’avoir une réglementation adaptée. Comme la France est leader en Europe, nous sommes déjà structurés. L’idéal serait donc de s’inspirer de ce qui a été fait en France pour élargir ce que nous avons construit et en faire un modèle européen.

Justement, que pensez-vous de la réglementation européenne ?

C’est une évolution incontournable. Je pense que ce n’est ni bien, ni mal, cela va juste dans le sens de l’histoire.

Cette réglementation est encore en discussion, il faut donc absolument en discuter, et la faire évoluer dans le sens qui nous convient. Pour cela, il faut, et c’est là le rôle de la FPDC, agir en concertation avec la DGAC. Nous avons la chance d’avoir un CDC (Conseil pour les drones civils) très préoccupé par l’avenir de la filière, il faut en profiter. Nous devons bien sûr rester vigilant mais avancer en confiance vers des objectifs communs.

Mariane Renaux, nouvelle présidente de la FPDC

Mariane Renaux est consultante indépendante. Son expertise couvre le management de programmes complexes, et l’accompagnement, pour les entreprises des secteurs Aéronautique et Défense, de leur développement à l’international et la mise en place de coopérations.

Elle entretient un partenariat avec la chaire « Défense et Aérospatial » qui s’appuie sur Sciences Po Bordeaux et l’Université de Bordeaux. Elle est également associée dans un cabinet de conseil international pour faciliter la création et le déploiement d’activités drones/robots au cœur des entreprises, dans le but de maintenir leur avantage compétitif, et plus largement de créer de la valeur.

Après une première partie de carrière passée aux Essais en Vol de Dassault Aviation, à Istres, notamment en tant que responsable des essais sur les avions de Patrouille et de Surveillance Maritime, et avoir participé à de nombreuses négociations internationales, Mariane Renaux rejoint en 2003 la Direction Générale de Dassault Aviation à Saint Cloud en tant que Directeur de ces Programmes, où elle prend en charge également les Falcon militarisés.

En 2005, elle est nommée Directeur du Programme Harfang, Système de drones Medium Altitude Long Endurance d’Airbus. Harfang est réceptionné par l’Armée de l’Air en 2008, et déployé en Afghanistan en 2009. Elle conduit le programme jusqu’en 2011, et son périmètre de responsabilité s’étend aux mini-drones DRAC / Tracker.

Membre de la Fédération depuis 2016, elle rejoint la même année le Conseil pour les Drones Civils. Elle est auditeur de la 60e session de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale

Que pensez-vous de l’évolution de la filière professionnelle en France ?

Tout est basé sur l’évolution des technologies du secteur. Ces innovations combinées à l’imagination des acteurs actuels permet de nombreux nouveaux usages pour lesquels les drones pourront démontrer leur utilité : transport de médicament, de marchandise, secours d’urgence, secours aux personnes en difficulté. Tout ceci va arriver mais il faut que ce soit accompagné. Le développement d’applications UTM « Unmanned Aircraft Systems Traffic Management » dans les basses couches de l’espace aérien va permettre la sécurisation du trafic. Pour moi, tout l’enjeu est là.

Ce qui est sûr c’est que les cas d’usage vont se développer. Et c’est là le grand challenge pour les dronistes : trouver leur place mais être aussi force de proposition. Il faut prendre exemple sur l’ambition du gouvernement japonais sur les cas d’usage des drones. La France doit également être force de proposition moyennant une réglementation adaptée.

Enfin, le pire qu’il pourrait arriver serait que le travail aérien utilisant des drones subisse des accidents. Cela rendrait très problématique l’essor de la filière.

Dans les cas d’usage, vous parlez du transport de marchandise. Pensez-vous que cela va voir le jour ?

Bien sûr que la livraison par drone arrivera. Après, tout dépend de quel type de livraison on parle. La livraison dans des zones à secourir comme l’ambitionne le Japon me semble tout à fait possible, et nous n’en sommes plus très loin.

Concernant le transport de marchandise pour traverser un bras de mer comme à Reykjavik, je pense que, moyennant une réglementation adaptée, nous nous en approchons. Quant à livrer des colis au pas de la porte, c’est autre chose…

Que pensez-vous du secteur des drones dit « de loisir » ?

L’essor des drones de loisir pour les particuliers est une très bonne chose pour la filière. Cela favorise l’acceptation du drone dans la population.

C’est aussi un moyen d’accéder au vol et à l’espace aérien, et de faire éclore des passions… Or les passionnés d’aujourd’hui sont peut-être des professionnels de demain, droniste ou pilote d’avion. Ça fait partie des rêves que des jeunes peuvent avoir et c’est très bien.

Cependant, l’utilisation de drones de loisirs, que ce soit à des fins récréatives ou professionnelles, doit être réglementée et la réglementation respectée. On ne peut pas faire n’importe quoi ni aller n’importe où avec un drone.

Côté FPDC, que souhaitez-vous faire en tant que nouvelle présidente ?

Je voudrais positionner la fédération au plus proche de ses adhérents, que l’on arrive à avoir une fédération dans laquelle les adhérents trouvent des réponses à leurs questionnements.

Plus de 80% de nos adhérents sont des petites structures et il faut vraiment faire en sorte que ceux-ci arrivent à évoluer dans le métier et l’écosystème. Pour ça, il faut que les évolutions réglementaires se fassent en concertation et leur permettent de continuer à travailler et à développer leur société. Le rôle de la fédération est de recueillir leurs besoins et de les accompagner.

Lors de l’Assemblée Générale, j’ai pris soin de donner mes coordonnées professionnelles afin que nos adhérents ressentent la volonté du nouveau conseil d’administration de leur fournir des réponses à leurs préoccupations, dans la mesure de nos possibilités.

Par ailleurs, nous souhaitons élargir le socle des adhérents. Faire en sorte d’augmenter le nombre bien sûr, mais aussi de le diversifier.

Quel est votre plan d’action pour ouvrir la fédération à de nouveaux adhérents ? 

Il faut que l’on renforce le lien entre la communauté des drones et


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