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Interview : « Il manque une volonté politique pour savoir comment les drones vont interagir entre eux et avec les utilisateurs du ciel existants »

Afin de tester les outils disponibles pour l’intégration des drones dans le ciel européen, l’entreprise commune européenne SESAR a lancé un appel à projet : PODIUM. Des essais doivent se dérouler sur 4 sites : à Odense au Danemark, Brétigny et Toulouse en France, Eelde en Hollande.
Nous avons échangé sur ces sujets avec Alexandre Piot, Drone Traffic Management Projects chez Airbus Defence and Space et en charge des essais toulousains du projet européen.

Qu’est-ce que l’« UTM » ou « U-space » ?
Parlons d’U-Space. La différence n’est peut-être pas fondamentale, mais il s’agit de la terminologie européenne et elle commence à avoir des définitions concrètes. U-Space est un ensemble de services pour garantir un accès sûr et équitable à tous les utilisateurs du ciel. Nous pensons aux drones, mais nous sentons qu’il va falloir englober tous les utilisateurs, en particulier ceux qui volent en VFR, y compris pour leurs loisirs comme les ULM, les planeurs les montgolfières et même les parachutistes !

Si vous deviez résumer en quelques mots l’U-space ?
Aujourd’hui, les vols de drones sont principalement effectués selon le principe « voir et éviter ». En regardant vers l’avenir, nous pouvons envisager un nombre croissant de vols de drones au-delà de la ligne de vue visuelle (BVLOS) mais une augmentation du trafic de drones, et notamment aux environs des aéroports. « Voir et éviter » ne sera pas suffisant. D’où le besoin d’un système comme UTM.

A quoi cela va-t-il servir ?
Le besoin d’utiliser des drones est de plus en plus pressant en particulier pour l’inspection de linéaires comme les lignes électriques, les voies de chemin de fer, mais aussi pour inspecter les grandes infrastructures. Ces applications apportent un réel progrès à l’industrie.
Le besoin d’espace partagé existe déjà. Tous les jours des opérateurs soumettent de nouvelles missions et la DGAC, mais aussi les préfectures, analysent les demandes de missions. Les pilotes sont de plus en plus inquiets de la présence des drones autour des aéroports par exemple. Il faut des outils, des procédures pour que tout le monde puisse coexister en toute sécurité.
Il existe clairement une distinction entre drones de loisir et professionnels. Par contre, l’U-Space (ou un système UTM) ne peut faire l’économie de ne pas prendre les deux en compte. Les deux peuvent poser des problèmes de sécurité aux autres utilisateurs du ciel et au public au sol. Les deux doivent donc être considérés pour que U-Space remplisse sa mission de garantir un accès équitable et sûr à l’espace aérien.

Que manque-t-il pour pouvoir mettre en place un UTM en Europe ?
Technologiquement, il ne manque probablement pas grand-chose pour mettre en place les premières briques, jusqu’au U2 au moins.
Il manque une volonté politique, ou du moins un cadre réglementaire clair, pour savoir comment les drones vont interagir entre eux et avec les utilisateurs du ciel existants. Le concept d’opération (CONOPS) n’est pas encore figé. Tous les acteurs, et en particulier ceux responsables des espaces aériens et de la sécurité aérienne des pays européens se posent beaucoup de question. D’ailleurs, la majorité de ces acteurs participe au projet SESAR, CORUS, qui doit rendre une proposition de CONOPS d’ici un an, en juin 2019.
Les réglementations ne sont pas non plus toutes alignées. Mais l’EASA, Eurocontrol et la SJU essaient de créer un consensus de manière à ce qu’un marché européen harmonisé émerge.

Qu’est-ce que le projet « Podium » ?
PODUIM signifie “Proving Operations of Drones with Initial UTM Management”. Le projet s’étend sur 2 ans. Il a démarré en janvier 2018 et se finit donc en décembre 2019.
Fin 2016, la SESAR JU lancé un appel à projet pour un VLD (Very Large Demonstration) ayant pour objet « Safe integration of drones ».
Il s’agissait de proposer des démonstrations autour de solutions existantes ou pré-existantes pour assurer l’intégration des drones dans l’espace aérien Européen. Il ne s’agit pas ici de développer une solution de bout en bout, mais d’assembler ce qui existe déjà.
Outre la réalisation de démonstrations, les objectifs sont d’évaluer la maturité des services U-space/UTM et de formuler des recommandations sur les normes, les réglementations et les déploiements.

PODIUM
PODIUM (Proving Operations of Drones with Initial UTM Management) est un projet coordonné par Eurocontrol.
Il regroupe une dizaine de partenaires :
• Eurocontrol
• Airbus
• Naviair
• Drone Paris Region
• INTEGRA Aerial Services
• Unifly
• DSNA
• NLR
• Orange Belgium
• Delair-Tech
En outre, plusieurs petites et moyennes entreprises représentant des opérateurs de drones participeront aux vols de démonstration et à l’examen de la documentation.
Il s’agit d’un co-financement SESAR : la majeur partie (70% des coûts éligibles) vient de financement européen (H2020), le reste est du financement interne de chaque partenaire.

Que souhaitez-vous démontrer avec PODIUM ?
Nous voulons montrer que nous disposons déjà d’outils qui peuvent répondre à une grande partie de la problématique de comment insérer les drones dans l’espace aérien. La difficulté toutefois


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