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La France veut armer ses drones

Reaper français

Quelques mois après un rapport des sénateurs Cédric Perrin et Gilbert Roger sur le nécessaire armement des drones français, la nouvelle ministre des armées a sauté le pas : les drones Reaper déployés au Sahel seront armés. L’occasion de faire le point sur les conséquences d’une telle décision et les préconisations du rapport.

C’est lors des Universités de la Défense de Toulon que Florence Parly, ministre des armées, a annoncé le prochain armement des drones Reaper de l’armée de l’air. L’idée principale est de pouvoir frapper directement les cibles visées par drone sans attendre l’arrivée des avions ou hélicoptères de combats.

En mai dernier, les deux sénateurs Cédric Perrin et Gilbert Roger avaient sorti un rapport d’information sur « Les drones dans les forces armées ». Pour Laurent Archambault, avocat du cabinet Selene, spécialisé dans les questions relatives aux drones, ce rapport « matérialise des réflexions approfondies en vue de l’encadrement des drones militaires pour les lois à venir, en particulier si un projet militaire européen émerge pour l’achat ou la construction de drones, et sur le fait que les drones d’observations et les drones armés constituent un « enjeu de souveraineté » pour le France et pour l’Europe, qui doivent rattraper leur retard dans ce domaine ».

Un retard français

Pour Cédric Perrin, co-président du groupe de travail « Les drones dans les forces armées » du Sénat, « il faut se donner tous les moyens de lutter contre les groupes armés terroristes là où ils sont, notamment sur la bande saharienne ». Or, « compte tenu des évolutions technologiques assez rapides dans ce secteur et le retard pris par la France, nous avions besoin de travailler sur ce sujet ». C’est ainsi que le rapport est né. Si ce dernier préconise l’armement des drones de l’Armée de l’air, il ne s’arrête pas là et s’intéresse à des sujets aussi variés que le partage de l’espace aérien, le drone européen, ou les drones autonomes.

Drone autonome VS drones pilotés

Un drone est un « aéronef sans personne à bord ». Mais si le drone est vide de tout humain, rares sont ceux qui n’ont pas de pilote, « télépilote » ou « opérateur ». On parle alors de « drone autonome » quand le système décide seul de ses actions, grâce à un algorithme ou des vols pré-programmés. « Nous n’en sommes pas là du tout », prévient Cédric Perrin. « Nous avons aujourd’hui des drones extrêmement pilotés. Les drones autonomes sont bien sûr en cours de recherche (Neuron) mais ce n’est pas l’objet de notre rapport, où l’humain est toujours dans la boucle ».

Par ailleurs, les sénateurs rappellent que la France compte bien diverger des Etats-Unis qui « utilisent les drones en dehors des opérations non militaires » comme le rappelle Gilbert Roger, également co-président du groupe de travail « Les drones dans les forces ».

« Les règles d’engagement des drones sont très strictes et respectent toute une phase opératoire. La chaine de commandement passe par une identification visuelle, l’évaluation des dommages collatéraux et enfin, la prise de décision prises plus ou moins haut dans la hiérarchie », note Cédric Perrin. « C’est la même chose que pour les avions mais un drone peut tourner des dizaines d’heures donc permettre une surveillance 24/24. Cela permet donc d’éviter de perdre les cibles lorsqu’elles se déplacent. »

Aujourd’hui, l’armée française opère les drones directement depuis les théâtres d’opération. « Afin d’être plus près de la réalité » précise Cédric Perrin. « Cela présente beaucoup d’avantage notamment la capacité de débriefing avec les collègues des armées diverses. »

Et cela évite que le soldat, qui vient de passer des heures à piloter un drone sur une zone en guerre, ne rentre le soir « faire son barbecue et la bise à ses enfants », comme cela peut être le cas aux Etats-Unis où les drones sont « opérés » à distance par des pilotes qui restent sur le sol américain.

Drone Neuron
Le nEUROn est un démonstrateur de drone de combat furtif européen se basant sur l’aile volante. Crédit : DGA.

Remplacer les rafales ?

« Nous avons vu et constaté l’intérêt des drones », annonce Cédric Perrin. « Mais si un drone est armé, il perd en autonomie car il transporte une charge plus importante. Il faut donc réserver son usage à une menace qui a besoin d’une réponse immédiate et qui n’a pas le temps d’attendre les Rafales comme c’est le cas actuellement. »


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