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Après le Spy’Ranger, Thales réfléchit aux drones civils

Spy Ranger drone militaire et peut être civil.

La DGA a notifié un premier contrat pour 35 Systèmes de mini-drones de reconnaissance (SMDR) à Thales et ses partenaires, Aviation Design et Merio. Ce succès pourrait amener l’industriel à se positionner sur le marché des drones civils.

Après plus d’un an d’attente, la Direction générale de l’armement (DGA) a rendu son choix : ce seront les Spy’Ranger de Thales qui équiperont l’armée de Terre. L’appel d’offre, lancé en avril 2015, concernait le remplacement des DRAC (Drones de renseignement au contact), en service depuis 2008, pour fournir à l’armée de Terre des systèmes de mini-drones de reconnaissance (SMDR). Le marché comprend la commande ferme de 35 SMDR et de dix ans de maintenance. Avec l’ajout de 35 systèmes supplémentaires aujourd’hui en option, le montant total s’élève à 104,3 M€. Il s’agit du premier contrat engrangé par Thales avec le Spy’Ranger après un développement d’à peine treize mois pour lequel l’industriel s’est entouré de deux PME françaises.

Aviation Design, située dans l’Essonne, au sud de Paris, est en charge du développement de la plateforme et de la production de la cellule équipée, de sa propulsion, de son alimentation et de l’avionique. La société Merio, spécialisée dans la conception de charges utiles aéroportées pour drones et aéronefs, fournira quant à elle la tourelle gyrostabilisée. Les premiers systèmes devraient être livrés entre la fin de l’année 2018 et 2019. Chacun d’entre eux est composé de trois drones Spy’Ranger, avec leur rampe de lancement, et d’un segment sol. Ils serviront à l’appui des forces françaises en opérations, que ce soit en guise d’éclaireurs pour la progression d’un Groupement tactique interarmes (GTIA), ou pour la reconnaissance avant des opérations offensives, voire le repérage des points de résistance isolés. Ils pourront contribuer à un dispositif de couverture ou à la direction des tirs en constituant un œil déporté des éléments d’observation.

Une structure plus solide

« Le DRAC était connu pour être fragile de nature, nous avons donc choisi de développer une structure plus solide, beaucoup plus monolithique, en un seul bloc », explique Eric Rantet, P-DG d’Aviation Design. « La charge utile est protégée lors de l’atterrissage grâce à une protection inférieure et des matériaux spéciaux tels que du kevlar ou de la mousse. De plus, la boule optronique est entièrement rétractable ». L’enjeu de la maintenance a ainsi été intégré dès la R&D, annonce Thales. Par exemple, afin de palier la faiblesse les ailes lors des atterrissages, aucune partie noble n’y a été intégrée. Ainsi, en cas de casse, le coût s’en trouve considérablement réduit. Par ailleurs, la maintenance sera associée à un système de gestion du soutien mobile et numérique basé sur la solution Smartfleet de Thales. Celle-ci devrait permettre la surveillance du parc de drones, que ce soit en France ou à l’étranger.

Fiche technique du Spy’Ranger

3,8 m d’envergure
30 km de portée (distance à la station sol sur laquelle le drone peut transmettre en temps réel et de façon fiable et sécurisée les flux de vidéo HD)
14,5 kg de masse totale
Près de 3 h d’autonomie en vol
Moteur électrique
Vitesse en vol de 50 à 90 km/h
Transportable en sac à dos et déployable sans outillage en moins de 12 minutes

Nouveaux marchés

Après avoir remporté ce contrat, Thales est déjà sur d’autres compétitions à l’international pour vendre son mini-drone, notamment en Inde et aux Émirats Arabes Unis, mais réfléchit aussi à des applications sur le marché français dans le domaine civil. Pour le moment, l’industriel n’en est qu’à une phase préliminaire de sa réflexion afin de savoir s’il aurait un intérêt à s’engager sur ce marché qui offrirait beaucoup de perspectives dans les dix prochaines années », estime Pascal Sécretin, en charge de la ligne de produits mini drone chez Thales. « Nous avons répondu aux demandes d’informations qui nous ont été faites par des opérateurs français, sur la surveillance de réseaux électriques par exemple. » La SNCF aurait également exprimé son intérêt.

Le business model, encore à l’étude, pourrait concilier à la fois la fabrication et le service, élargissant le rôle de Thales de constructeur à opérateur de drones. Il est cependant trop tôt pour l’industriel pour savoir si d’autres drones pourraient être développés spécifiquement pour des marchés civils ni sur quel domaine d’application exact il pourrait se positionner.